On ne va pas se mentir : apprendre que son entreprise dépose le bilan est un choc. Entre l’inquiétude pour l’avenir et le sentiment d’incertitude, il est facile de se sentir perdu. Pourtant, même quand les caisses de la société sont vides, vous n’êtes pas démuni. En France, le droit du travail protège les salariés, même en cas de faillite.
Alors, comment allez-vous percevoir votre prime de licenciement ? Qui va payer si votre employeur ne le peut plus ? Nous avons décortiqué le sujet pour vous aider à y voir plus clair et à aborder cette transition avec sérénité.
Le dépôt de bilan : que se passe-t-il concrètement pour vous ?
Lorsqu’une entreprise n’est plus en mesure de payer ses dettes, elle se déclare en « cessation de paiements ». C’est ce qu’on appelle communément le dépôt de bilan. Deux issues sont alors possibles : le redressement judiciaire (si l’activité peut repartir) ou la liquidation judiciaire (si la fermeture est inévitable).
Dans les deux cas, si des suppressions de postes sont nécessaires, la procédure de licenciement pour motif économique est enclenchée. C’est à ce moment-là que la question de votre indemnité de rupture devient centrale.
Qui paie votre prime de licenciement quand l’entreprise n’a plus d’argent ?
C’est sans doute votre plus grande crainte : « Si mon patron n’a plus un sou, comment vais-je toucher mon argent ? ».
Rassurez-vous, le système français a tout prévu grâce à l’AGS (Association pour la gestion du régime d’Assurance des créances des Salariés). Ce fonds de solidarité, financé par les cotisations patronales, intervient précisément pour prendre le relais lorsque l’employeur est défaillant. C’est cette garantie des salaires qui vous assure de percevoir vos sommes dues, même si les comptes de l’entreprise sont à zéro.
Le calcul de votre indemnisation : à quoi avez-vous droit ?
Le montant de votre prime de licenciement dépend principalement de votre ancienneté et de votre salaire de référence. En général, on prend en compte la moyenne des 3 ou 12 derniers mois de salaire brut.
Mais votre enveloppe de départ ne s’arrête pas là. Lors de la remise de votre solde de tout compte, plusieurs éléments viennent s’ajouter :
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L’indemnité légale (ou conventionnelle) : C’est le cœur de votre prime. Si votre convention collective est plus favorable que la loi, c’est elle qui s’applique.
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L’indemnité compensatrice de préavis : En cas de liquidation, vous ne pouvez souvent pas effectuer votre préavis. L’AGS vous verse alors une somme équivalente au salaire que vous auriez dû toucher.
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L’indemnité de congés payés : Parce que vos vacances non prises sont un droit acquis, elles vous sont remboursées.
Le Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP) : un atout majeur
Lors d’un licenciement économique suite à un dépôt de bilan, on vous proposera obligatoirement le CSP. Nous vous conseillons de l’étudier de très près.
Pourquoi ? Parce qu’il permet de transformer votre préavis en une indemnité compensatrice de préavis versée directement à Pôle Emploi (France Travail) pour financer votre accompagnement renforcé. En échange, vous bénéficiez d’une allocation bien plus élevée que le chômage classique (environ 75 % de votre salaire brut, soit presque 100 % de votre net) pendant un an.
Les délais : quand l’argent arrivera-t-il sur votre compte ?
C’est ici qu’il faut faire preuve d’un peu de patience. Contrairement à un licenciement classique, tout passe par un mandataire judiciaire (un expert désigné par le tribunal).
Celui-ci doit vérifier les créances, établir les relevés et solliciter les fonds auprès de l’AGS. En règle générale, les premiers versements interviennent dans les deux à quatre semaines suivant la rupture du contrat. Le règlement complet des droits sociaux peut parfois prendre un peu plus de temps selon la complexité du dossier, mais les salaires et primes urgents sont toujours prioritaires.
Nos conseils pour ne rien oublier
Pour traverser cette période le plus sereinement possible, gardez ces quelques points en tête :
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Récupérez vos documents : Attestation employeur, certificat de travail et dernier bulletin de paie sont indispensables.
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Vérifiez votre convention collective : Elle cache peut-être une méthode de calcul plus avantageuse pour votre prime.
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Restez en contact avec le représentant des salariés : Si votre entreprise en a un, il est votre meilleur allié pour suivre l’avancée du dossier auprès du mandataire.
En conclusion, si le dépôt de bilan est une étape difficile, vos droits financiers sont solidement protégés par les mécanismes de solidarité nationaux. Votre prime de licenciement n’est pas une simple faveur, c’est un droit acquis par votre travail. Prenez le temps de bien comprendre vos documents et n’hésitez pas à vous faire accompagner pour entamer votre prochain chapitre professionnel avec toutes les cartes en main.