Qui peut demander l’ouverture d’une procédure collective

Gérer une entreprise, c’est un peu comme piloter un navire : par temps calme, tout semble simple. Mais lorsque les vagues se font plus hautes et que la trésorerie commence à prendre l’eau, il est essentiel de connaître les bouées de sauvetage à notre disposition. L’une d’elles est la procédure collective.

Mais au fait, qui détient réellement le pouvoir de « pousser le bouton » pour déclencher ce mécanisme judiciaire ? Est-ce uniquement le dirigeant, ou d’autres acteurs peuvent-ils s’en mêler ? Nous allons voir ensemble que la loi a prévu plusieurs portes d’entrée pour protéger l’activité, les emplois et les créanciers.

Le chef d’entreprise : le premier capitaine à bord

C’est sans doute le cas de figure le plus fréquent. Vous êtes à la tête de votre structure et vous constatez que les difficultés financières s’accumulent. Ici, deux scénarios se présentent à vous.

D’un côté, il y a l’anticipation. Si vous sentez que l’horizon s’assombrit mais que vous n’êtes pas encore « dans le rouge » total, vous pouvez demander une sauvegarde. C’est une démarche volontaire : vous seul, en tant que représentant légal, pouvez la solliciter auprès du Tribunal. L’objectif ? Bloquer les dettes pour vous laisser le temps de respirer et de réorganiser votre business.

D’un autre côté, il y a l’obligation légale. Si vous franchissez la ligne rouge de la cessation des paiements — c’est-à-dire que votre actif disponible ne permet plus de régler vos dettes immédiates — vous avez 45 jours pour déclarer cet état au Tribunal (ce qu’on appelle souvent le « dépôt de bilan »). Dans ce cas, vous demandez soit un redressement judiciaire, soit une liquidation judiciaire si l’espoir de reprise est malheureusement éteint.

Les créanciers : quand la patience a ses limites

Imaginez que vous soyez un fournisseur et qu’une entreprise vous doive une somme importante depuis des mois. Malgré vos relances, le silence est total. En tant que créancier, vous n’êtes pas condamné à attendre passivement que l’entreprise coule.

La loi vous autorise à assigner votre débiteur devant le tribunal pour demander l’ouverture d’une procédure collective. Attention toutefois : ce n’est pas une arme à utiliser à la légère. Pour que votre demande soit recevable, vous devez prouver que votre créance est certaine et que l’entreprise est manifestement incapable de faire face à ses engagements. C’est une manière de forcer le dirigeant à mettre les cartes sur la table devant un juge.

Le Ministère Public : le gardien de l’ordre public économique

Peu de gens le savent, mais le Procureur de la République a aussi son mot à dire. Pourquoi ? Parce que la santé des entreprises n’est pas qu’une affaire privée ; elle impacte l’économie locale et l’emploi.

Le Ministère Public peut donc saisir le tribunal d’office pour demander l’ouverture d’une procédure. C’est assez rare dans la pratique quotidienne des TPE/PME, mais cela arrive souvent dans des dossiers sensibles ou lorsque des indices graves laissent penser qu’une entreprise est en péril sans que personne n’ait encore agi. C’est une sorte de « filet de sécurité » pour éviter qu’une situation ne se dégrade au point de devenir incontrôlable.

Le Tribunal peut-il s’auto-saisir ?

C’est une question que nous rencontrons souvent. Autrefois, les juges pouvaient décider eux-mêmes d’ouvrir une procédure après avoir entendu un dirigeant lors d’un entretien de prévention.

Cependant, pour garantir une plus grande impartialité, cette faculté d’auto-saisine a été supprimée. Le tribunal doit désormais être saisi par l’une des parties mentionnées plus haut (dirigeant, créancier ou procureur). En revanche, le tribunal conserve un rôle d’alerte : s’il détecte des signaux de faiblesse lors d’autres procédures, il peut en informer le Ministère Public.

Pourquoi ne pas attendre le dernier moment ?

Vous l’aurez compris, si plusieurs acteurs peuvent initier une procédure collective, l’idéal reste que l’initiative vienne de vous, le dirigeant.

En prenant les devants, vous gardez une certaine maîtrise sur le calendrier et sur le choix de la procédure (notamment la sauvegarde, qui est bien moins stigmatisante que le redressement). Plus nous agissons tôt face aux difficultés financières, plus les chances de sauver l’entreprise et de pérenniser votre projet sont élevées.

En résumé : que vous soyez le pilote du navire inquiet pour son avenir ou un partenaire commercial en quête de justice, la loi offre des outils pour encadrer les crises. L’important n’est pas d’éviter le tribunal à tout prix, mais de l’utiliser comme un levier de rebond avant qu’il ne soit trop tard.

Si vous traversez une zone de turbulences, n’hésitez pas à vous entourer d’experts (avocats, experts-comptables) pour choisir la voie la plus adaptée à votre situation.

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